Marcel et Léon

Je m'appelle Marcel. Ou bien Léon. Je suis un flamant rose. Enchanté Léon. Moi c'est Marcel. L'animal rit. Il était une fois. Des mots. Des petites phrases. Des pensées.

Parfois j’ai peur.

Parfois j’ai peur dans le noir. Parfois j’ai peur pour un rien. Parfois j’ai peur dans la brume. Parfois j’ai peur dans le train. Parfois j’ai peur dans tes yeux. Parfois j’ai peur dans mes rêves. Parfois j’ai peur dans mon lit. Parfois j’ai peur dans la nuit. Parfois j’ai peur pour demain. Parfois j’ai peur d’être seul. Parfois j’ai peur de te voir. Parfois j’ai peur de moi. 

Léon 

Le déjeuner

Je suis mi-cuit, mais sans croquant. Méchant croc quand tu me croques. Tu m’avales avec horreur, tu me digères. Dis, gères-tu tes affaires avec autant d’appétit ? Tu me dégustes mon cher Auguste. Mais qui est Auguste au juste ? Aucune idée mon cher Léon. Mais on dit de lui qu’il est très bon. Ah bon… 

Marcel et Léon 

Un sentiment.

Qu’on l’embrasse tendrement. Qu’on la console. Qu’on la rassure. Qu’on la poursuive dans ses peines jusqu’à ce qu’un sourire pointe à ses lèvres. Qu’on la panse. Qu’on l’élève dans sa lumière. Qu’on l’aime. Encore. Toujours. Et que jamais notre mémoire ne flanche.

Léon

La pomme

Je vais manger cette pomme avec mes doigts.

Mais tu n’as pas de doigts.

Je vais manger cette pomme avec mes pieds.

Mais tu n’as pas de pieds.

Je vais manger cette pomme avec ma bouche.

Mais tu n’as pas de bouche.

Je vais manger cette pomme des yeux.

Mais tu auras faim.

Marcel et Léon

À l’eau, es-tu là ?

Il y a trop d’eau dans tes paroles. Je ne les bois pas. Pas cette fois. Tu peux te noyer avec. Tu coules. Le poids du mensonge te ronge. Je plonge. Je m’allonge dans tes songes. Je coule. À l’eau, es-tu là ?

Marcel

Mon Marcel

Oh mon Marcel, mon autre

Toi, mon ailleurs, l’un des notres

Si je comptais tous les nuages

Tu serais celui d’un passage

Je soufflerais à pleins poumons 

Pour que tu m’aimes pour de bon

Oh mon Marcel, mon oiseau

Ma plume rose, mon écho

Si je faisais chanter la lune

Tu serais le loup sur la dune

Je serais doux comme un agneau 

Pour t’avoir toujours dans la peau

Léon 

La compréhension

Je ne comprends pas pourquoi je devrais tout comprendre. Si je comprenais tout, je n’aurais rien à comprendre puisque j’aurais déjà tout compris. Cela dit, pour avoir déjà tout compris il faut avoir eu à comprendre avant d’avoir compris. Je ne comprends pas moi-même ce que je dis là. Mais j’ai compris l’essentiel. J’ai bien compris que pour boire son thé à la bonne température il fallait mettre le thé dans la théière, faire bouillir l’eau, la verser dans la théière, laisser infuser, laisser refroidir un peu, se servir dans une jolie tasse en porcelaine de bonne qualité, y mettre une cuillère de sucre roux et ensuite boire son thé à la bonne température. Si jamais vous avez des biscuits c’est encore mieux. Surtout pour le goutter. Vous comprenez donc que la compréhension se fait par une logique explicative simple et efficace mais aussi par une oreille attentive reliée à un cerveau en activité. Très important le cerveau. Tout le monde en possède un, mais tout le monde ne bénéficie pas de la même matière grise. Si vous voulez reprendre un peu de thé vous le pouvez aisément. Une théière pour une personne, c’est une grande quantité, et je n’aime pas le gaspillage. Il n’y a qu’à voir tout ce qui est jeté après certain repas. Puis ce silence ça m’angoisse alors allons démarer la voiture dans le garage.

Léon.

Jalousie

Une jalouse sur la pelouse. Un garçon sur le gazon. L’air bétonné de son visage montre qu’il se fige à la moindre poussée de jalousie. L’Andalousie c’est très joli. La jalouse fait papillonner Cécile. Cécile, la copine andalouse de la jalouse assise à côté sur la pelouse. Le garçon est jaloux de l’andalouse. La jalouse murmure et ses cils racontent des émois perdus dans des bois d’Andalousie. Le jaloux ne supporte rien. La jalouse s’en amuse. Cécile, l’andalouse rit sur la pelouse des émois secrets de la jalouse. Le jaloux gifle l’andalouse sur la pelouse. La jalouse pousse le garçon hors du gazon. Comme quoi, il vaut mieux posséder un balcon.

Léon

Comme

Je suis comme je fuis mais j’aime comme je peux. Je fais comme je veux mais je sais comme je dois. Je crie comme je pleure mais je ris comme j’ai peur. Je chante comme il pleut mais je vis comme je danse. Je fais comme je peux mais je sais comme je veux. Je veux comme je t’aime mais je t’aime comme je suis. Je suis comme je ris mais je ris comme tu es. Je fuis comme je dois mais je n’aime que toi.

Léon

Les “On-dit” !

Léon dit que les “on-dit” ne doivent être écoutés. Je les écoute au compte goutte. Ça me vexe. Je suis perplexe je crois. De bois ou de fer, l’aimant songe à se taire. Les “on-dit” de Léon sont les maudits sans raison. Je les abrège sur les berges. Ça me coule. Je suis saoul je crois. Je plonge à mes songes. Je coule.

Marcel